Qu'est ce que le vote électronique ?
Il existe deux façons de voter par Internet. Soit, l'électeur se rend dans le bureau de vote de sa circonscription, dans un isoloir privé et sécurisé, soit le vote se fait à distance par Internet. Cette seconde méthode implique que le vote puisse se faire chez soi ou sur son lieu de travail. C'est vers ce mode de scrutin que semble s'orienter notre gouvernement.
Sur le plan pratique, les élections du CSFE représentent donc, à moindre échelle la manière dont s'effectueraient d'éventuelles élections nationales en ligne. Les personnes ayant fait la demande d'un vote par correspondance ont reçu, en même temps que les professions de foi des candidats, les bulletins avec une enveloppe et un code d'accès, le tout sous pli sécurisé.
Le principal intérêt du vote électronique est la participation. Les élections démocratiques en France, comme dans la majorité des pays occidentaux, souffrent d'un fort taux d'abstention. A la longue, ce divorce entre les citoyens et les urnes finir par entacher le modèle démocratique. 36 %... c'est le taux d'abstention, record, obtenu lors du premier tour des législatives 2002. Il est devenu plus que souhaitable de lutter contre cette dérive.
On peut penser que cette méthode permet aussi de toucher la population qui s'est désintéressée de la politique essentiellement par paresse, et choisit finalement d'aller promener plutôt qu'aux urnes, lors d'un scrutin tombant un dimanche ensoleillé.
De plus, ce système ouvrirait la possibilité aux quelques deux millions d'expatriés de voter en ligne lors des élections nationales.
Du point de vue politique ces enjeux ne sont pas négligeables car la communauté internaute en France s'évalue, à l'heure actuelle, à un peu plus de 20 millions de personnes. Le poids électoral représenté pourrait dans les années à venir être le prochain champ de bataille des partis politique.
Sécurité du vote et acte citoyen
Si, les élections du CSFE peuvent apparaître comme une réelle avancée, il est toutefois prématuré de prévoir ce mode de scrutin sur l'ensemble du territoire Français, car de nombreuses questions d'ordre technique et éthique subsistent.
Plusieurs problèmes touchant à la sécurité du vote restent à régler. Il est nécessaire de garantir l'intégrité du système de vote ; l'utilisation de clés de cryptage puissantes est la principale réponse à cette préoccupation.
Néanmoins, il est difficile d'évaluer les solutions à mettre en oeuvre en cas d'attaques de hackers, similaires à celles qu'ont connues de nombreux sites commerciaux.
En outre, ce système remet en question le principe même du vote en tant qu'acte citoyen. «A l'origine, il a été prévu pour lutter contre l'abstention, et faciliter ce qui pouvait ressembler pour certains à une démarche administrative. Mais c'est justement là que le bât blesse : a-t-on le droit de simplifier à l'extrême l'acte citoyen ?» souligne M. Heil, sociologue.
Le vote en ligne nous amène à nous poser des questions d'ordre moral sur le sens même du vote. « Voter est un des seuls pouvoirs directs qui demeure chez l'individu. Peut-on résumer l'acte du vote à un simple clic de souris, associant celui-ci à une banal réponse de questionnaire», Mr Heil.
Le vote porterait donc un risque de désacralisation du symbole démocratique qu'il représente. Toutefois, selon une étude menée par Mr Maigret et Mme Monnoyer-smith, tous deux maître de conférences en sciences de l'information et de la communication, le rapport à la nation évolue. Il ne s'agit plus de demander aux citoyens de faire des efforts spécifiques pour « mériter » d'appartenir à la république, mais de mettre à leur disposition des instruments pour faciliter l'accès aux centres décisionnel. En ce sens, le vote par Internet constitue une solution car cette nouvelle technologie, au coeur des processus de prise de décision politique accentue le passage d'une culture politique de l'effort à une culture du service et du citoyen-consommateur. Il incomberai ainsi aux acteurs politiques d'innover en inventant d'autres modes de ritualisation.
La simplification de l'acte du vote apparaît comme un bon moyen pour lutter contre l'abstentionnisme. Pourtant, si le vote en ligne représente une réelle opportunité, il est clair que son utilisation en tant que complément du vote traditionnelle suscite encore de nombreuses interrogations. C'est pourquoi le gouvernement ne semble pas pressé d'étendre ce système à l'ensemble du territoire national.
Toutefois, l'Etat devrait ouvrir le débat durant les prochains mois et comme le précise M. Muselier, « il serait bon de préparer nos compatriotes au vote électronique pour le reste du millénaire ».
Thomas Benaïm